1. Dans l'interminable ennui de la plaine
Language:
French
Authorship
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Dans l'interminable
Ennui de la plaine,
La neige incertaine
Luit comme du sable.
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.
Comme des nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait vivre
Et mourir la lune.
Corneilles poussives,
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive?
Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable . . .
Input by Geoffrey Wieting
2. Un grand sommeil noir
Language:
French
Authorship
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Un grand sommeil noir
Tombe sur ma vie:
Dormez, tout espoir,
Dormez, toute envie!
Je ne vois plus rien,
Je perds la mémoire
Du mal et du bien...
O la triste histoire!
Je suis un berceau
Qu'une main balance
Au creux d'un caveau:
Silence, silence!
3. Spleen
Language:
French
Authorship
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Les roses étaient toutes rouges,
Et les lierres étaient tout noirs.
Chère, pour peu que tu te bouges,
Renaissent tous mes désespoirs.
Le ciel était [trop bleu, trop tendre,]1
La mer trop [verte et l'air trop doux;]2
Je crains toujours, ce qu'est d'attendre,
Quelque fuite atroce de vous!
Du houx à la feuille vernie,
Et du luisant buis je suis las,
Et de la campagne infinie,
Et de tout, fors de vous. Hélas!
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1 Phaneuf (Dela): "si bleu, si tendre"
2 Phaneuf (Dela): "verte, l'air si doux!"
4. Promenade sentimentale
Language:
French
Authorship
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Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes.
Les grands nénuphars entre les roseaux
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi j'errais tout seul promenant ma plaie
Le long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux, et désespérant,
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j'errais tout seul
Promenant ma plaie; et l'épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant en ses ondes blêmes
Et des nénuphars parmi les roseaux,
Des grands nénuphars sur les calmes eaux.
Input by Geoffrey Wieting
5. À une femme
Language:
French
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À vous ces vers, de par la grâce consolante
De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux,
De par votre âme pure et toute bonne, à vous
Ces vers du fond de ma détresse violente.
C'est qu'hélas le hideux cauchemar qui me hante
N'a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,
Se multipliant comme un cortège de loups
Et se pendant après mon sort qu'il ensanglante!
[Oh!]1 je souffre, je souffre affreusement, si bien
Que le gémissement premier du premier homme
Chassé d'Éden n'est qu'une églogue [au prix]2 du mien!
Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
Des hirondelles sur un ciel d'après-midi,
- Chère, - par un beau jour de septembre attiédi.
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1 Vierne: "Et"
2 Vierne: "auprès"
6. Sérénade
Language:
French
Authorship
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Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.
Ouvre ton âme et ton oreille au son
De la mandoline:
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.
Je chanterai tes yeux d'or et d'onyx
Purs de toutes ombres,
Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
De tes cheveux sombres.
Comme la voix d'un mort qui chanterait
Du fond de sa fosse,
Maîtresse, entends monter vers ton retrait
Ma voix aigre et fausse.
Puis je louerai beaucoup, comme il convient,
Cette chair bénie
Dont le parfum opulent me revient
Les nuits d'insomnie.
Et pour finir, je dirai le baiser
De ta lèvre rouge,
Et ta douceur à me martyriser,
- Mon Ange! - ma Gouge!
Ouvre ton âme et ton oreille au son
De ma mandoline:
Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson
Cruelle et câline.
7. Le son du cor
Language:
French
Authorship
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Le son du cor s'afflige vers les bois,
D'une douleur on veut croire orpheline
Qui vient mourir au bas de la colline,
Parmi la bise errant en courts abois.
L'âme du loup pleure dans cette voix,
Qui monte avec le soleil, qui décline
D'une agonie on veut croire câline,
Et qui ravit et qui navre à la fois.
Pour faire mieux cette plainte assoupie,
La neige tombe à longs traits de charpie
A travers le couchant sanguinolent,
Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,
Tant il fait doux par ce soir monotone,
Où se dorlote un paysage lent.
8. Sapho
Language:
French
Authorship
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Furieuse, les yeux caves et les seins roides,
Sapho, que la langueur de son désir irrite,
Comme une louve, court le long des grèves froides.
Elle songe à Phaon, oublieuse des rites,
Et voyant à ce point ses larmes dédaignées,
Arrache ses cheveux immenses par poignées.
Puis elle évoque, en des remords sans accalmies,
Ces temps où rayonnait pure la jeune gloire
De ses amours chantées en vers que la mémoire
De l'âme va redire aux vierges endormies.
Et voilà qu'elle abat ses paupières blèmies
Et saute dans la mer, où l'appelle la Moire,
Tandis qu'au ciel éclate, incendiant l'eau noire
La pâle Séléné, qui venge les Amies!
Input by Geoffrey Wieting
9. Les faux beaux jours
Language:
French
Authorship
Available translations (or transliterations, if applicable):
Les faux beaux jours ont lui tout le jour, ma pauvre âme,
Et les voici vibrer au cuivre du couchant.
Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur le champ.
Une tentation des pires, fuis l'infâme!
Ils ont lui tout le jour en longs grêlons de flammes
Battant toute vendange aux collines, couchant
Toute moisson de la vallée, et ravageant
Le ciel tout bleu, le ciel chanteur qui réclame.
Ô pâlis et va-t'en, lente et joignant les mains.
Si ces hivers allaient manger nos beaux demains?
Si la vieille folie était encore en route?
Ces souvenirs va-t'il falloir les retuer?
Un assaut furieux, le suprême sans doute!
Ô va prier contre l'orage, va prier.
Input by Geoffrey Wieting
10. Marine
Language:
French
Authorship
Available translations (or transliterations, if applicable):
L'océan sonore
Palpite sous l'oeil
De la lune en deuil
Et palpite encore,
Tandis qu'un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D'un long zigzag clair!
Et que chaque lame,
En bonds convulsifs
Parmi les récifs,
Va, vient, luit et clame!
Et qu'au firmament,
Où l'ouragan erre
Rugit le tonnerre
Formidablement.
Input by Geoffrey Wieting
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