1. Mère, voici vos fils
Language:
French
Authorship
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ENG
English
[singable]
(E. Adelaide Hahn)
Mère, voici vos fils et leur immense armée.
Qu'ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre
Qui les a tant perdus et qu'ils ont tant aimée.
Que Dieu mette avec eux dans le juste plateau
Ce qu'ils ont tant aimé, quelques grammes de terre,
Un peu de cette vigne, un peu de ce coteau,
Un peu de ce ravin sauvage et solitaire.
Mère, voyez vos fils qui se sont tant battus.
Vous les voyez couchés parmi les nations.
Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus.
Ces coeurs pleins de tristesse et d'hésitation.
2. Sonnet
Language:
French
Authorship
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English
[singable]
(E. Adelaide Hahn)
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquist la Toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son aage!
Quand revoiray-je, hélas! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Revoiray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup d'avantage?
Plus me plaist le séjour qu'ont basty mes ayeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine;
Pls mon Loyre gaulois que le Tybre latin,
Plus mon petit Lyreé que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.
3. Ballade
Language:
French
Authorship
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ENG
English
[singable]
(E. Adelaide Hahn)
En regardant vers le païs de France,
Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer,
Qu'il me souvint de la doulce plaisance
Que je souloye où-dit païs trouver.
Si commençay de cueur 'à souspirer,
Combien certes que grant bien me faisoit
De veoir France, que mon cueur amer doit.
Je m'avisay que c'estoit non sçavance
De tells soupirs dedens mon cueur garder,
Veu que je voy que la voye commence
De bonne paix, qui tous bien peut donner.
Pour ce tournay en confort mon penser:
Mais non pourtant mon cueur ne se lassoit
De veoir France, que mon cueur amer doit.
Alors chargeay en la nef d'espérance
Tous mes souhaitz, en les priant d'aler
Oultre la mer, san faire demourance,
Et à France de me recommander.
Or, mous doint Dieu bonne paix sans tarder;
Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit,
De veoir France, que mon cueur amer doit.
Paix est trésor qu'on ne peut trop louer,
Je hé guerre, point ne la doit priser;
Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit,
De veoir France, que mon cueur amer doit.
4. Ode
Language:
French
Authorship
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ENG
English
[singable]
(E. Adelaide Hahn)
Dieu te gard l'honneur du printemps
Qui étens
Tes beaux trésors sur la branche,
Et qui découvres au soleil
Le vermeil
De ta beauté naïve et franche.
D'assez loin tu vois redoublé
Dans le blé
Ta face, de cinabre teinte,
Dans le blé qu'on voit réjouir
De jouir
De ton image en son verd peinte.
Près de toy, sentant ton odeur,
Plein d'ardeur
Je façonne un vers dont la grâce
Maugré les tristes Soeurs vivra,
Et suivra
Le long vol des ailes d'Horace.
Les uns chanteront les oeillets
Vermeillets,
Ou du lis la fleur argentée,
Ou celle qui s'est par les prez
Diaprez
Du sang des princes enfantée.
Mais moy, tant que chanter pourray,
Je louray
Toujours en mes Odes la rose,
Autant qu'elle porte le nom
De renom
De colle où ma vie est enclose.
5. Adieux à la Meuse
Language:
French
Authorship
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ENG
English
[singable]
(E. Adelaide Hahn)
Adieu, Meuse endormeuse et douce à mon enfance,
Qui demeures aux prés, où tu coules tout bas.
Meuse, adieu: j'air déjà commencé ma partance
En des pays nouveaux où tu ne coules pas.
Voici que je m'en vais en des pays nouveaux:
Je ferai la bataille et passerai les fleuves,
Je m'en vais m'essayer à de nouveaux travaux,
Je m'en vais commencer là-bas les tâches neuves.
Et pendant ce temps-là, Meuse, ignorante et douce,
Tu couleras toujours, passante accoutumée,
Dans la vallée heureuse où l'herbe vive pousse,
O Meuse inépuisable et que j'avis aimée.
Un silence.
Tu couleras toujours dans l'heureuse vallée;
Où tu coulais hier, tu couleras demain.
Tu ne sauras jamais la bergère en allée,
Qui s'amusait, enfant, à creuser de sa main
Des canaux dans la terre, -- à jamais écroulés.
La bergère s'en va, délaissant les moutons.
Et la fileuse va, délaissant les fuseaux.
Voici que je m'en vais loin de tes bonnes eaux,
Voici que je m'en vais bien loin de nos maisons.
Meuse qui ne said rien de la souffrance humaine,
O Meuse inaltérable et douce à mon enfance,
O toi qui ne sais pas l'émoi de la partance,
Toi qui passes toujours et qui ne pars jamais,
O toi qui ne sais rien de nos mensonges faux,
O Meuse inaltérable, ô Meuse que j'aimais.
Un silence.
Quand reviendrai-je ici filer encor la laine?
Quand verrai-je tes flots qui passent par chez nous?
Quand nous reverrons-nous? et nous reverrons-nous?
Meus que j'aime encore, ô ma Meuse que j'aime.
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